Enquête officielle auto-entrepreneurs INSEE 2010 : une mine d'informations !
Posté par FEDAE, le 06/02/2012
L'INSEE revient dans son cahier Eco 57 de la collection INSEE RESULTATS sur le régime de l'auto-entrepreneur.
Nous ne faisons ici que reproduire la lettre écrite par Jean Marc Ayrault (PS) au président de l'assemblée nationale, Bernard Accoyer. Une réponse sera apportée ultérieurement.
Monsieur le Président,
Le régime de l’auto-entrepreneur a été créé par le législateur dans
la loi n°2008-776 du 4 août 2008 de modernisation de l’économie.
Il s'applique depuis le 1er janvier 2009 aux personnes physiques qui
créent ou possèdent déjà une entreprise individuelle pour exercer une
activité commerciale, artisanale ou libérale à titre principale ou
complémentaire. Cette souplesse juridique est accompagnée de règles
fiscales et sociales qui font de l’auto-entreprise un statut dérogatoire
du droit commun de l’entrepreneuriat dont les seules barrières sont le
dépassement de deux seuils de chiffre d’affaire annuels : 80 000 euros
pour les activités de commerce, 32 000 euros pour les services.
Derrière la simplicité de ce statut, et le discours d’une certaine
libération des énergies créatrices, se cache une volonté de déréguler
l’économie qui a porté ses fruits au même titre qu’un certain nombre de
dispositions contenues dans la loi de modernisation de l’économie qui
mettent en danger les commerçants, artisans et PME notamment dans leurs
relations commerciales avec la Grande distribution. Il n’est pas une
semaine sans que les acteurs économiques ne se plaignent de cette loi
votée par la majorité qui ne sait plus désormais comment défaire ce
qu’elle a mal fait.
Alors que la France traverse une crise économique et sociale d’une
gravité inédite depuis les années 1930, le Gouvernement se félicite du
dynamisme de la création d’entreprises : 622 000 entreprises ont été
créées en 2010. Ce record absolu coïncide avec une montée tout aussi
inédite du chômage puisqu’en un an, le nombre de demandeurs d’emploi a
encore augmenté de 202 500 pour l’ensemble des catégories et que depuis
mars 2008 le nombre de chômeurs a progressé de 740 000 pour la catégorie
A et d’un million pour les catégories A, B et C.
De fait, le nouveau régime a été soutenu par une communication
acharnée du Gouvernement soucieux de montrer par le nombre la réussite
d’une idée mise en cause par les artisans et commerçants. On a même pu
assister, du 15 au 30 juin 2010, à ce qui a été appelé « la quinzaine de
l’auto-entrepreneur »… Si les mots et les concepts ont un sens, alors
il faut considérer que le régime de l’auto-entrepreneur est « vendu »
comme un produit soldé.
Le chiffre des créations d’entreprises qui pourrait apparaître comme
un bon indicateur doit cependant être fortement relativisé. D’une part
il prouve la décorrélation entre création d’entreprises et bonne santé
économique d’un pays. D’autre part il faut constater depuis 2009, qu’un
créateur d’entreprise sur deux opte pour le statut d’auto-entrepreneur
qui n’engage pas véritablement et apparaît à nombre d’observateurs comme
un pis-aller sinon un révélateur de la croissance de la précarisation
des travailleurs contraints de troquer salariat contre auto-entreprise.
Les critiques que les députés du groupe Socialiste radical et citoyen
ont formulé dès la discussion du projet de loi de modernisation de
l’économie ont largement été prouvées par la pratique. Les chambres de
métiers n’ont cessé de dénoncer les effets néfastes de ce statut sur
l’artisanat déjà largement en difficulté dans certains secteurs du fait
des règles libérales européennes.
Le 24 mars 2010, un rapport d’information de la Commission des
finances du Sénat pointait du doigt les impacts de ce régime en
proposant des pistes. Désormais, un certain nombre de députés de la
majorité, qui avaient soutenu initialement la création de ce statut,
rejoint les positions des députés socialistes et réclament un
encadrement plus fort de ce statut, avec une limitation dans le temps de
un ou deux ans. Au regard du débat soulevé par un régime qui montre
toujours plus ses inconvénients, il semble qu’une mission d’information
de l’Assemblée nationale, transpartisane, doit être mise en place afin
de parvenir à un diagnostique partagé. D’autres s’inquiètent de la non
limitation dans le temps de ce régime et rejoignent des propositions
faites par amendements par les députés socialistes dès la discussion du
projet de loi de modernisation de l’économie, qu’ils avaient alors
rejeté d’un revers de main.
L’on voit bien qu’un mouvement de repentance qui ne dit pas son nom
est à l’œuvre puisque ce statut déploie chaque jour un modèle social qui
fait de la précarisation de tous les travailleurs une norme. Client
précaire, artisan précaire, salariat nié, entreprenariat dilettante,
chômage rogné, retraite ignorée et régime de sécurité sociale fragilisés
apparaissent comme les effets premiers d’un régime qui ne fait pas
vivre ses travailleurs et fragilise leurs concurrents.
Quatre questions principales nous apparaissent devoir être
particulièrement posées pour analyser les effets pervers du régime de
l’auto-entrepreneur.
Voilà pourquoi les députés du groupe SRC souhaitent d’urgence la mise
en place d’une mission d’information relative aux effets réels de la
création du statut d’auto-entrepreneur.
Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’assurance de mes sentiments les meilleurs.
Jean-Marc AYRAULT