François Hurel : « Nous sommes un peu plus de 200.000 auto-entrepreneurs »
Source:
BFM, La rédaction - Good Morning Business
Date de parution:
Ven, 18/09/2009 (Toute la journée)
Le président de l'Union des auto-entrepreneurs trouve les chiffres encourageants, même si moins de 50% des 70.000 premiers inscrits sous ce régime ont exercé une activité. Interviewé vendredi 18 septembre 2009, il répondait aux questions de Stéphane Soumier.
Stéphane Soumier : On a vécu une étrange semaine autour du statut de l'auto-entrepreneur, un sujet qui nous passionne tous, au cœur des valeurs que peut promouvoir BFM Radio. Il y a quand même une dimension d'entreprise et de risques. On a l'impression qu'il y a eu un climat de défiance cette semaine autour de ces auto-entrepreneurs. Vous êtes le père de ce statut. Ça fait combien de temps ?
François Hurel : 20 ans d'action, 20 ans de conviction autour de ce sujet.
Pour qu'on arrive à créer une entreprise en claquant des doigts ?En dix clics.
Et, la clé de ce statut, pour que créer une entreprise ne soit pas avant tout une dépense ? Que ce soit d'abord une aventure, d'abord un chiffre d'affaires ?
Absolument.
Il y a eu débat autour des chiffres. Globalement, moins de la moitié des auto-entrepreneurs aurait une activité. Est-ce que cela vous déçoit, vous dérange ?
Pas du tout, je trouve ça extrêmement encourageant, parce que je remets les chiffres en perspective. D'abord, c'est la moitié des 70.000 premiers. Aujourd'hui, nous sommes un peu plus de 200.000, donc les premiers chiffres qui viennent concernent le premier train de population des auto-entrepreneurs.
C'est sur le premier trimestre ?
Absolument. Et on nous dit que la moitié d'entre eux a réalisé 210 millions de chiffre d'affaires cumulés, soit à peu près 4.700 euros par trimestre. Ça veut dire que, arithmétiquement, ce sont des auto-entrepreneurs qui gagnent entre un 3 et 5 fois le Smic de plus tous les mois. C'est extraordinaire. On n'aurait pas pu faire mieux. C'est franchement une très bonne nouvelle.
Mais cela ne concerne que 40% des auto-entrepreneurs, qui ont de l'activité. Quand 60% d'entre eux n'ont tout simplement pas d'activité...
Nous verrons la réalité des chiffres. Nous pourrons la connaître à partir de la fin du premier trimestre de 2010, c'est à ce moment-là que la génération 2009 des auto-entrepreneurs 2009 aura déclaré en totalité, qu'on saura exactement ce qu'ils ont fait, ce qu'ils ont gagné. Il y a des auto-entrepreneurs qui iront très vite au sommet, au plafond, 32.000 ou 80.000 euros.
Et beaucoup réaliseront un chiffre extrêmement modeste mais, après tout, ce sont les mentalités qui changent, l'état d'esprit qui change. J'ai toujours dit que l'auto-entrepreneur, au-delà d'être une réforme économique, était une réforme profonde de la société française, de la perception de l'économie par les Français.
Et beaucoup réaliseront un chiffre extrêmement modeste mais, après tout, ce sont les mentalités qui changent, l'état d'esprit qui change. J'ai toujours dit que l'auto-entrepreneur, au-delà d'être une réforme économique, était une réforme profonde de la société française, de la perception de l'économie par les Français.
Vous dites que, après tout, qu'est-ce que ça change, à qui est-ce que ça pose un problème le fait que la moitié des auto-entrepreneurs n'ait pas d'activité ? J'ai l'impression que votre statut dérange, qu'on se sert de ce chiffre, qui n'a aucun sens, ça ne coûte rien à la collectivité, ça ne coûte rien à personne...
Absolument, ils ont surtout rapporté 31 millions d'euros à la collectivité quand même, parce qu'ils ont payé des cotisations.
On se sert de ça pour mettre en doute l'efficacité de votre statut ? Qui est-ce qu'il dérange votre statut ?
Je ne sais pas, je ne crois pas que ce soit un doute, je crois que l'on a beaucoup parlé de ce régime, et que finalement on y fonde énormément d'espoir, et c'est tant mieux. Continuons à faire que cet espoir en soit un. C'est vrai que 40 ou 50%, ce ne sera jamais formidable, il y a ceux qui verront toujours la bouteille à moitié vide. J'ai tendance à la voir plutôt à moitié pleine.
Je trouve que c'est une vraie chance pour un nombre considérable de gens. J'étais hier à une manifestation et j'entendais les gens me dire que c'était incroyable de simplicité, qu'il fallait continuer, faire avancer... Petit à petit, ce régime irrigue la société française, il change profondément la culture par rapport à l'entreprise.
Je trouve que c'est une vraie chance pour un nombre considérable de gens. J'étais hier à une manifestation et j'entendais les gens me dire que c'était incroyable de simplicité, qu'il fallait continuer, faire avancer... Petit à petit, ce régime irrigue la société française, il change profondément la culture par rapport à l'entreprise.
Les auto-entrepreneurs sont finalement traités au même titre que les entreprises classiques, l'erreur est peut-être là ?
Sans doute, mais il n'empêche que l'on observe un chiffre, c'est que 60% des auto-entrepreneurs nous disent qu'ils veulent devenir entrepreneurs, et que leur objectif premier, c'est de quitter le petit bain de l'auto-entrepreneuriat pour aller dans le grand, et c'est tant mieux.
C'est pour ça qu'un certain nombre d'acteurs se penchent à leur chevet, expert-comptable commissaire aux comptes, chambre de commerce et d'industrie, pour essayer de proposer un accompagnement pertinent, pour que l'auto-entrepreneuriat devienne un entreupreneuriat naturellement. Je préfère la conduite accompagnée au permis de conduire. La conduite accompagnée de l'auto-entrepreneuriat, ça va donner de très bons chiffres d'entrepreneurs.
C'est pour ça qu'un certain nombre d'acteurs se penchent à leur chevet, expert-comptable commissaire aux comptes, chambre de commerce et d'industrie, pour essayer de proposer un accompagnement pertinent, pour que l'auto-entrepreneuriat devienne un entreupreneuriat naturellement. Je préfère la conduite accompagnée au permis de conduire. La conduite accompagnée de l'auto-entrepreneuriat, ça va donner de très bons chiffres d'entrepreneurs.
Vous pensez que cela peut changer la société française en profondeur?
J'y crois profondément.
Notre rapport aux risques peut être profondément transformé ?
Et notre rapport à l'économie.
Mais ça ne va rien changer à la croissance nationale, ni à la production globale des entreprises françaises. C'est peut-être là qu'il y a une incompréhension ?
Oui et non. J'observe que, sur les 23,5 millions d'entreprises américaines, 76% sont des auto-entrepreneurs ou des zéro salarié, et pourtant ces 76% ont tiré la moitié de la croissance américaine depuis 20 ans, ça veut donc dire que quand on additionne de la micro-activité ça finit par fait de la macroéconomie, et c'est une chance.
Une plus grande chance encore si ces auto-entrepreneurs s'associent, se regroupent, font des réseaux. Là il y a de vraies chances. Je crois beaucoup aux idées, les Français en ont, ils montrent qu'ils ont envie de prendre l'initiative, et si on associe des idées, ça fait le grand fleuve de l'économie.
Une plus grande chance encore si ces auto-entrepreneurs s'associent, se regroupent, font des réseaux. Là il y a de vraies chances. Je crois beaucoup aux idées, les Français en ont, ils montrent qu'ils ont envie de prendre l'initiative, et si on associe des idées, ça fait le grand fleuve de l'économie.
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