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Doctolib expulse les thérapeutes alternatifs (et souvent autoentrepreneurs)

Sommaire

Naturopathes, hypnopraticiens, acupuncteurs, sophrologues... : ils vont tous être expulsés en avril 2023, donc avec un préavis de 6 mois, de la plateforme de prise de rendez-vous en ligne Doctolib. 

Les praticiens de santé complémentaires et alternatifs, souvent installés sous le régime de l’auto entreprise, font les frais de la crise qui secoue Doctolib depuis cet été

Retour sur les faits et l’injustice flagrante faite aux praticiens, qui, au-delà de faits ponctuels rapportés il y a quelques mois, prennent leurs racines dans un vieux combat, très franco-français, entre la médecine traditionnelle et les médecines alternatives… En clair, c’est l’histoire du pot de fer contre le pot de terre !

Une décision brutale 

Le 26 octobre dernier, le géant de la plateforme de prise de rendez-vous en ligne a publié un communiqué de presse et a envoyé un mail à ses adhérents non médicaux ou paramédicaux, c’est-à-dire ses 3 % de clients thérapeutes en médecine complémentaire (près de 6 000 personnes et 0,3 % des rendez-vous pris sur le site), pour les informer qu’ils seraient déréférencés à compter du 30 avril… 

Dans le mail adressé à ses clients thérapeutes alternatifs, Doctolib stipule en effet qu’il “n’existe pas de moyen objectif et exhaustif de définir et vérifier le niveau de qualification des praticiens exerçant uniquement des activités de bien-être, comme c’est le cas pour les professions réglementées”. 

Une population fragile

La population des thérapeutes alternatifs est constituée d’indépendants, souvent sous le régime de la micro entreprise, isolés et dotés de peu de moyens d’action. 

Leur chiffre d’affaires a déjà du plomb dans l’aile avec la covid et la crise… 

Et pourtant, une grande majorité s’investit avec cœur dans son activité d’aide, qui cible la prévention et oeuvre en complémentarité avec les méthodes de santé traditionnelles.

Recentrage sur les médicaux et paramédicaux

Doctolib explique se recentrer ainsi sur les professionnels reconnus par les autorités de santé et pouvant justifier d’un numéro RPPS ou ADELI, c’est-à-dire les médecins, infirmiers, opticiens, gynécologues, psychothérapeutes, etc. Dans l’optique de garantir la qualité des soins proposés via la plateforme. 

Une intention qui ne peut être qu’appréciée… mais était-ce vraiment la bonne et juste méthode que ce grand coup de balai ? D’autant que cela ne garantit pas que 100 % des professionnels de santé ayant suivi une formation d'État et obtenu un diplôme reconnu soient parfaitement fiables… comme des plaintes et des condamnations en ont malheureusement déjà attesté.

Les déclencheurs

Pour mémoire, la plateforme a fait l’objet à l’été 2022 de plaintes et de pressions autour de deux affaires. Celle de deux faux psychiatres ayant donné des consultations via la plateforme et les pratiques jugées douteuses d’une naturopathe, Irène Grosjean, qui ont entraîné rapidement l’éviction de 17 naturopathes évoluant dans sa mouvance.

Les faux psychiatres

Les faux psychiatres ont pu opérer grâce à une faille de fonctionnement : Doctolib mettait en ligne ses nouveaux adhérents avant que leurs références ne soient validées, ce qui prenait environ 2 semaines. Une faille qui a, depuis, été colmatée par la plateforme. Affaire réglée de ce côté-là.

Une naturopathe mise en cause

La polémique liée à la naturopathe incriminée, Irène Grosjean, quelle qu’en soit la justesse, a ouvert le couvercle d’une veille boîte : une chasse aux sorcières très ancienne à l’encontre de ces thérapeutes de la santé naturelle qui, il y a 20 ans encore, passaient pour des illuminés parce qu’ils clamaient que la qualité alimentaire était essentielle à la santé ou que le sucre blanc était néfaste, qu’il fallait manger des aliments complets, limiter la consommation de viande, privilégier les acides gras oméga 3, nourrir sa flore bactérienne intestinale et détoxifier régulièrement l’organisme ! 

Toutes préconisations désormais intégrées par les autorités médicales et le grand public, mais qui n’ont jamais réussi à donner, en France, à la naturopathie une véritable reconnaissance de la part des autorités. Alors même que cette pratique complémentaire est parfaitement intégrée en Allemagne où les Heilpraktikers travaillent avec les médecins et même dans les hôpitaux (rôle confié en France exclusivement aux diététiciens !

La naturopathie dans le viseur

La méconnaissance en France des principes de base de cette approche complémentaire sert de terreau à des dérives sectaires… de la part de ceux qui les accusent d’ailleurs, depuis longtemps (plus de 20 ans !), de sectarisme. 

Ainsi, la naturopathie s'attache à renforcer les défenses immunitaires naturelles de l’individu et a toujours été plutôt contre les vaccins pour des raisons de santé (adjuvants de type aluminium, construction de l’immunité). Mais l’amalgame entre le refus de la vaccination systématique et le complotisme est aujourd’hui bien installé. Les homéopathes, qui travaillent sur la restauration du terrain et délaissent les produits de l’industrie pharmaceutique sont d’ailleurs aussi, depuis longtemps, dans le collimateur des autorités de santé…

Les dessous de l’affaire

Le cas particulier d’une naturopathe condamne donc à l’éviction (et à la suspicion) tous les thérapeutes en paramédecine et donc tous les autoentrepreneurs exerçant des activités de bien-être ! C’est jeter le bébé avec l’eau du bain ! 

D’un cas particulier à une condamnation globale

Certes, certains thérapeutes alternatifs, naturopathes ou autres croient qu’ils sont tout puissants et ne respectent pas la complémentarité entre médecine alternative et médecine allopathique. Mais est ce que cela condamne la naturopathie en particulier et tous les praticiens de santé alternative en général ? Car c’est bien de cela dont il s’agit : on peut se demander si la démarche de Doctolib, dictée par les autorités sanitaires, médicales et gouvernementales, ne jette pas le discrédit sur toutes les approches parallèles de la santé !

Pourtant, quand un médecin est accusé et même condamné, cela discrédite-t-il tous les médecins ? Quand un gynéco est l’objet de plaintes… est-ce que, mesdames, vous ne vous faites plus suivre par votre gynéco ? Quand se produit un accident de voiture, cesse-t-on de prendre sa voiture ?

Haro sur les médecines alternatives

Ce grand coup de balai s’est fait sous la houlette d’un comité dans lequel Doctolib a invité les autorités sanitaires, l’Ordre des médecins et même la Miviludes, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires ! Ils ont décidé un grand ménage, auquel Doctolib ne pouvait que se soumettre, bien qu’il s’en défende, pour garder ses 97% d’adhérents médicaux et paramédicaux ! 

D’autres possibilités...

N’existait-il donc aucune autre solution, comme l’affirme le géant de la prise de rendez-vous santé en ligne, que l’expulsion radicale de toute une population ?

Distinguer les praticiens de santé alternatifs

Et pourquoi ne pas choisir simplement de distinguer clairement sur la plateforme les thérapeutes de médecine complémentaire plutôt que de les éliminer ? Ou de mettre en place des filtres de contrôle ?

Évaluer la qualité de formation

Même si les métiers de la santé naturelle et du bien-être ne sont pas reconnus par l’État, il existe pourtant des moyens d’évaluer le sérieux des formations. La plupart des thérapeutes se sont formés auprès d’écoles et disposent de diplômes ou certificats (dont l’évaluation, il est vrai, nécessite un certain travail). 

Certes, on peut penser que l’Etat lui-même, plutôt que de laisser toutes ces professions dans le flou et la suspicion, pourrait mettre en place une forme de reconnaissance, sur des bases solides (nombre d’heures et contenu des formations ainsi que nature des diplômes) des formations ? Comme cela a été fait pour l’ostéopathie, enfin reconnue en 2002… 

Fédérations, syndicats…

Pourquoi ne pas s’appuyer sur les réseaux existants ? Ainsi en naturopathie existent divers organismes qui visent à réguler les formations. Comme la FENA, l'Omnes, le Syndicat des professionnels de la naturopathie qui travaillent à normer les métiers de la naturopathie. Des hypnothérapeutes aux sophrologues en passant par les réflexologues, la plupart des métiers du bien-être disposent de syndicats, de fédérations, qui demandent aux praticiens adhérents des références et la souscription à une charte de déontologie.
Pourquoi alors cette éviction ? La réponse appartient aux membres du comité responsable de cette décision. Mais gageons qu’il n’y avait pas la volonté de laisser une place, dans le paysage de la santé, aux approches complémentaires… thérapeutes alternatifs et autoentrepreneurs de surcroît ! Que peuvent 3% contre 97%? La santé s’affirme une fois de plus comme la chasse gardée des médecins…

Quelle suite pour les expulsés ?

Dès le lendemain du 26, nombre de plateformes de référencement alternatives se sont engouffrées dans la brèche en proposant leurs services aux praticiens de santé alternatifs. Des plateformes plus ou moins solides, voire plus ou moins honnêtes, peuvent en profiter pour se glisser dans la brèche… Si vous cherchez une nouvelle plateforme de prise de rendez-vous, soyez vigilant lors de cette quête !

Les conséquences directes

Cette éviction risque de se traduire, au moins pendant un temps, par une perte de revenus pour les autoentrepreneurs concernés et une plus grande dispersion des recherches pour trouver un thérapeute.

Le choix d’une autre plateforme

L’expulsion avec préavis de 6 mois donne le temps aux praticiens de trouver une autre plateforme, certes. Mais aucune n’égale pour l’heure Doctolib, dont le référencement et le service sont particulièrement efficaces et dont l’aura a grandi grâce aux campagnes de vaccination. Certes, l’abonnement aux services de Doctolib, dont les tarifs étaient passés à 139 euros par mois (sans le service de téléconsultation) étaient assez coûteux.. plus que la plupart des plateformes existantes aujourd’hui pour les praticiens de médecine complémentaire.

Les plateformes ouvertes aux thérapeutes alternatifs

Si vous êtes concerné par l’éviction de Doctolib, vous avez donc jusqu’à fin avril 2023 pour choisir une nouvelle plateforme de référencement et de prise de rendez-vous en ligne.

Voici une liste non exhaustive de plateformes : naviguez dans les sites pour voir si il y a suffisamment de thérapeutes répertoriés dans votre région, vérifiez l'adéquation de la plateforme avec vos besoins (téléconsultation, envois de SMS au client, rappels de rendez-vous, synchronisation avec google, possibilité de plusieurs agendas, bons cadeaux, tarifs…) et choisissez celle qui vous convient le mieux ! 

Attention aux pratiques commerciales douteuses : méfiez-vous des sites internet vous proposant un référencement soi-disant gratuit et qui se réclament de l’Urssaf ou qui vous proposent d’utiliser vos droits à formation… 

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