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Remaniement : pour un ministère dédié au travail indépendant


Retrouver la tribune dans le journal Les Echos publiée initialement le 03 juillet 2020 

Le travail indépendant a la cote mais reste très peu accompagné en France.

Dans le journal Les Echos, Grégoire Leclercq préconise la création d'un ministère dédié au travail indépendant, à la hauteur des enjeux socio-économiques de l'après crise.

Depuis le début du quinquennat, les maintes révolutions du travail indépendant font l’objet de multiples traitements politiques : mission sur les plates-formes d’intermédiation, saisine du CESE, réflexion sur la protection sociale portée par le Haut Conseil du financement de la protection sociale, seuils de chiffre d’affaires
Difficile en revanche de percevoir la transversalité nécessaire à un tel sujet. Et à l’évidence, le travail indépendant a la cote chez les Françaises et les Français.

L’initiative entrepreneuriale, "geste barrière anti-crise", n’est pas que le fait d’un individualisme forcené, mais bien l’émergence d’un nouveau modèle d’activité.
Toutefois, dans les arcanes gouvernementaux, la prise en compte de cette réalité ne franchit pas les frontières entre le terrain et les décideurs. Dans l’ancien monde, le manichéisme s’applique.

Traité génériquement 

La Haute administration considère trop facilement que "tout est salariat" (avec tout ce que cela comporte de protections et de contraintes), que "tout est employeur" (ou patron pour ceux qui aiment l’autorité que ce terme dégage), que "tout est uniforme". Or, ce n’est pas exactement ainsi que la réalité s’impose à nous.

Est-ce un problème ? Cela le devient dans une économie ouverte à la concurrence internationale où la compétitivité dépend de nos réglementations, de la prise en compte des spécificités du marché du travail et d’une nécessaire réactivité.
La sortie de crise nécessite une profonde respiration macro-économique se nourrissant de réalités micro-économiques. Certes, le "travailleur non-salarié" est bien mentionné dans le roman officiel de l’urgence économique.
Les aides diverses n’ont pas manqué et ne manqueront pas. Pour le reste, on imagine que comme l’intendance dans l’organisation militaire, l’indépendance suivra.

Des questions sans réponses

Selon toute probabilité, le recours au travail indépendant devrait continuer à s’accélérer sous la pression des plans sociaux, sans parler des réticences sanitaires à retourner travailler en entreprise, l’indépendance suivra en ordre dispersé…
Le résultat est que personne ne sait comment se dépêtrer du sujet dès qu’il s’agit des grandes questions sociales ou économiques que les travailleurs indépendants posent :

comment les suivre et les dénombrer correctement ? Comment améliorer leur protection sociale ? Faut-il instaurer la promesse présidentielle d’un véritable droit au chômage ? Comment sont-ils représentés dans les corps intermédiaires, au même titre que les "partenaires sociaux" traditionnels ? Comment les inclure correctement dans la réforme des retraites ? Quelle simplification dans le paiement des cotisations au fil de l’année ? Quel soutien à leur développement dans les territoires et en ruralité ? 

La liste serait longue à établir autour de l’apprentissage, de la formation continue, des relations avec les banques…

À mi-mandat présidentiel, les promesses du Président de la République dans lesquelles beaucoup d’indépendants s’étaient retrouvés ne sombreraient-elles pas dans la vacuité ? Il y a désormais une certaine urgence politique à répondre à ces questions.

Manque d'accompagnement 

Le sous-accompagnement public du développement massif de la micro-entreprise (ou auto-entreprise) n’en est-il pas le symptôme ? La précarisation grandissante de certaines catégories d’entre eux l’atteste. Et les demandeurs d’emploi qui cherchent un client plutôt qu’un patron, selon l’expression consacrée, sauront s’en rappeler...
Le plan d’urgence pour l’emploi des jeunes, qui devrait être annoncé sous peu, fait lui aussi l’impasse sur le travail indépendant. Or, près de 320 000 jeunes accèdent à cette forme de travail plus flexible et y acquièrent une expérience pour amorcer leur insertion professionnelle.
Au cœur de ce remaniement, l’ambition doit être plus forte : plus de 3 millions de Français (et autant d’ayants droit) ont recours au travail indépendant pour vivre : il faut leur donner une représentation digne de leur poids économique.

Des enjeux importants 

Si pour certains, la masse ne justifierait pas cette représentation, qu’ils prennent en compte l’enjeu stratégique. Les chantiers à mener sont énormes ; la complexité administrative étouffe l’initiative. À titre d’exemple, qui serait réellement en capacité d’expliquer l’exhaustivité de la protection sociale à un futur créateur d’entreprise ?
J’entends déjà les objections : "on ne va pas créer un ministère à chaque nouveau sujet de société !" On pourrait objecter que l’histoire récente est remplie de ministères du temps libre.

Mais s’il faut un ministère, c’est pour embrasser de façon large un problème trop morcelé. Car il faut bien le reconnaître : le travailleur indépendant n’est pas et ne sera jamais au cœur des problématiques des ministères de Bercy ou du Travail, voire de la Santé !

Il faut une "tête de pont" pour traiter de l’unicité et de l’exhaustivité du défi de l’indépendance, il faut que les arbitrages interministériels ne soient plus automatiquement en défaveur des solo-entrepreneurs, ou sujets à des combats
interminables pour qu’ils en sortent gagnants.

Pour accompagner ce changement qui devrait faire partie du tableau dans le monde d’après, j’invite à fixer un cap, à écrire un plan de bataille, à nommer un commandant en chef.

Oui, c’est une certitude : un ministre a matière à construire le travail indépendant de demain, avec comme programme clair "Accompagner – Protéger – Clarifier", pour faire des travailleurs indépendants une force économique majeure dans le monde post- Covid.

Grégoire Leclercq est Président de la FNAE, conseiller de l’AG CPSTI.

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