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L’institut Montaigne publie ses conclusions sur l’économie de plateforme


La phase de naissance achevée, l’économie de plateforme dispose désormais de l’ancienneté nécessaire pour que les think tanks puissent se pencher sur son évolution et en tirer les perspectives de croissance. Une véritable révolution économique, qui assouplit un marché rigide et peu réactif, en ré-injectant de l’agilité dans le monde du travail. L’Institut Montaigne dresse le bilan des dix dernières années et soumet ses propositions pour les dix autres à venir.

Une myriade de plateformes

Les plateformes les plus notoires, telles que Uber et Airbnb, ont ouvert le bal avec fracas médiatique, et ont peut-être occulté la myriade d’autres plateformes, plus discrètes mais tout aussi actives, qui ont petit à petit formé l’économie 2.0. Cette dernière se caractérise par des conclusions d’affaires ultra-rapides, simplifiées et rendues plus pertinentes par l’intermédiaire d'algorithmes poussés, qui rompent avec les échanges ralentis et alourdis de l’économie classique. Les ressorts sous-jacents qui ont permis cette explosion d’activité économique se trouvent dans un désir accru d’une grande partie de la population, jeune pour la plupart et nouvelle en tout cas, de retrouver sa liberté d’entreprendre et son indépendance économique.

Précédemment, les travailleurs français étaient face à l’alternative limitante: obtenir un emploi salarié auprès d’une entreprise, ou endurer la lourdeur administrative de la création de structure. Hasard heureux du calendrier, le régime de microentrepreneur a vu le jour en même temps que l’apparition des premières plateformes et a fortement contribué à cette nouvelle économie. Ce régime regroupe près d’un million et demi de personnes aujourd’hui, en croissance constante, et regroupe des profils variés: de tous âges, de toute situation, il permet une activité à temps plein comme il permet de compléter ses revenus à la marge.

200.000 travailleurs des plateformes en France

L’économie 2.0 a de quoi surprendre les économistes qui désespéraient de voir l’esprit entrepreneurial renaître chez les Français. Et les premiers chiffres sont voués à évoluer rapidement, selon l’institut: “Même si les travailleurs des plateformes ne sont que 200 000 en France, soit 0,8 % des actifs occupés, il convient de s’y intéresser rapidement tant les plateformes ont créé une nouvelle façon de trouver et d’exercer un travail et tant elles jouent déjà un rôle central pour certaines catégories de travailleurs.” En face de ces plateformes, un vivier de travailleurs volontaire ne cesse de croître non plus.

Adrien Brown, de la fédération nationale des autoentrepreneurs (FNAE), explique: “La rencontre entre les plateformes et les micro-entrepreneurs permet en Français de reprendre la main sur leur activité professionnelle, car cette nouvelle économie laisse le travailleur totalement libre de ses choix. Le travailleur peut moduler son activité en fonction du temps libre qu’il souhaite garder et en fonction de ses besoins financiers. Cette nouvelle manière de travailler a fait plus pour le monde du travail que des décennies de lutte gouvernementale contre le chômage et le mal-être au travail”.

Focus sur les livreurs à vélo

Afin de s’assurer que son analyse s’ancre dans la réalité économique, et afin d’éviter une étude “hors-sol”, l’institut Montaigne a étudié le fonctionnement et les perspectives de la nouvelle économie sur un échantillon spécifique de cette dernière: les livreurs à vélo, qui travaillent généralement sur plusieurs plateformes dédiées à cette logistique de proximité. Ce marché couvre la livraison de plats cuisinés, les coursiers et les livraisons de quartier. Les principales plateformes qui se partagent ce marché sont Frichti, Uber Eats et Deliveroo.

L’échantillon étudié par l’Institut Montaigne se compose donc de 800 professionnels, dont la plupart sont des hommes. Ces derniers sont soit des étudiants qui valorisent leur temps libre pour acquérir un premier pouvoir d'achat, soit des actifs qui cherchent à compléter leurs revenus, et tous ont le loisir de choisir leurs plages d’activités. Ils partagent les éléments suivants, selon le rapport: “ils sont disponibles à des plages horaires atypiques et irrégulières, ils ont une volonté de gagner de l’argent à très court terme, ils souhaitent s’émanciper du salariat.” Mais le développement de cette nouvelle économie fait tout de même l’objet de certains points de résistance, et les autorités tardent à se pencher sur ce dossier, comme le rappelle l’Institut Montaigne: “Même si les travailleurs des plateformes ne sont que 200 000 en France, soit 0,8 % des actifs occupés, il convient de s’y intéresser rapidement tant les plateformes ont créé une nouvelle façon de trouver et d’exercer un travail et tant elles jouent déjà un rôle central pour certaines catégories de travailleurs.”

Un décalage de protection sociale à combler

La principale difficulté vient du décalage de protection sociale (et donc versement de charges afférent) par rapport au monde du salariat. Un salarié verse 25% de son salaire brut en charges salariales, quand les micro-entrepreneurs versent entre 12% (pour les commerçants) et 25% environ (pour les autres catégories). Les micro-entrepreneurs, en revanche, ne bénéficient que d’une protection sociale extrêmement résiduelle. Près de la moitié des micro-entrepreneurs encaissent un chiffre d’affaires qui n’est pas comptabilisé pour leur retraite, leurs indemnités en cas de travail sont particulièrement restrictives et réduites; enfin, ils ne bénéficient pas de l’assurance chômage. L’institut se penche donc sur cette question et offre ses recommandations quant à l’homogénéisation: “Nous sommes convaincus que le régime de protection sociale doit être adapté pour permettre au travailleur de sélectionner les services auxquels il souhaite avoir droit (en mettant en place certaines obligations). Dans cette vision futuriste, la protection sociale correspond au travailleur, et non au contrat auquel il est lié.” Les dernières annonces gouvernementales dans ce sens peinent à convaincre, comme l’indique Grégoire Leclercq, président de la fédération nationale des auto entrepreneurs, qui confirme se focaliser précisément sur ces questions: “Il risque d'y avoir des déçus [...] Un an et demi plus tard, le compte n'y est clairement pas. Les indépendants au sens large (et notamment les autoentrepreneurs) vont bien disposer d'un droit au chômage en cas d'échec professionnel mais dans des conditions ultra-restrictives."

L’institut Montaigne salue l'émergence d’un nouveau mode de travail, qui n’en est encore qu’à ses débuts, mais qui bénéficie autant à l’économie française en général, qu’au travailleur individuel. Il se propose comme force de proposition et de réflexion, notamment à l’aune des débats inéluctables qui devront être tenus, afin que le vide juridique qui rend la nouvelle génération de travailleurs indépendants particulièrement vulnérables. Il faudra, à terme, choisir entre leur fournir la protection sociale pour laquelle ils paient des sommes importantes chaque mois, ou les laisser démunis en terme de garanties, mais réduire drastiquement leur fiscalisation.

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