Embaucher un salarié quand on est autoentrepreneur
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Embaucher un salarié quand on est autoentrepreneur


Nombreuses sont les questions, post, articles et autres contributions tournant autour de l'embauche d'un salarié ou d'un stagiaire en auto-entreprise. Le régime d'auto-entrepreneur suscite de nombreuses interrogations de la part des personnes voulant en effet embaucher...Le point sur une question de droit du travail, de rentabilité et de fiscalité.

Avant toute chose, il est important de préciser qu’un auto-entrepreneur a le droit, comme toute entreprise, d'embaucher un ou plusieurs salariés et d'avoir recours à des stagiaires.

Un autoentrepreneur peut-il employer un salarié ?

Le régime de l'auto-entrepreneur a été créé pour simplifier les démarches administratives et commencer une activité tout en étant encore salarié, étudiant ou retraité. Il est donc essentiel de bien définir si ce régime correspond ou non à son activité, et c'est le prérequis initial à ne pas oublier.

Afin de se développer et d'augmenter leur chiffre d'affaires, un bon nombre d'auto-entrepreneurs peuvent être tentés d'embaucher un salarié. Sachant que, dans une auto-entreprise, le calcul du bénéfice se fait de façon forfaitaire -il n'y a pas de prise en compte des charges réelles de l'entreprise-, est-ce possible?

La preuve par l'exemple

Étudions de plus près le cas de deux entrepreneurs individuels en France métropolitaine, l'analyse n'est pas la même pour l'outre-mer dû à des taux différents.

Le régime de l’auto-entrepreneur est un régime forfaitaire. Contrairement au régime réel, le revenu imposable d'un auto-entrepreneur ne tient pas compte des charges réelles qu'il doit supporter.

  • Un auto-entrepreneur commerçant ou artisan en prestation de services (esthéticienne, plombier, dépannage informatique…)  
    • Le chiffre d'affaires maximum qu'il peut réaliser est de 72 500 euros.
    • Il bénéficie d’un abattement fiscal forfaitaire de 50% sur son chiffre d’affaires permettant de déterminer son revenu imposable. 
    • Cet abattement forfaitaire de 50 % correspond à l'ensemble des charges qu'il doit supporter pour réaliser son chiffre d'affaires, à savoir les cotisations sociales d'une part et les autres charges que l'on appelle charges d'exploitation d'autre part.
    • Les charges ne devront donc pas dépasser un maximum de 36 250 euros. 
    • Les cotisations sociales représentent pour un artisan 22,78% (22,344% pour un commerçant) de son chiffre d'affaires.
    • Pour un chiffre d'affaires de 72 500 euros, il devra donc payer 16 515,50 euros de cotisations sociales, soit 45,56% du montant maximum des charges.
    • S'il veut rester dans la limite de l'abattement fiscal, il ne devra donc pas dépasser 19 984,50 euros pour les autres charges d'exploitation.

  • Un auto-entrepreneur profession libérale (PL) non réglementée (formateur, conseil, traducteur…)
    • Le chiffre d'affaires maximum qu'il peut réaliser est de 72 600 euros en France métropolitaine et 100 000 en outre mer.
    • Il bénéficie d’un abattement fiscal forfaitaire de 34% sur son chiffre d’affaires permettant de déterminer son revenu imposable. 
    • Cet abattement forfaitaire de 34 % correspond à l'ensemble des charges qu 'il doit supporter pour réaliser son chiffre d'affaires, à savoir les cotisations sociales d'une part, et les autres charges que l'on appelle charges d'exploitation d'autre part.
    • Les charges ne devront donc pas dépasser un maximum de 24 650 euros. 
    • Les cotisations sociales représentent pour un PL 22,2% de son chiffre d'affaires pour la Métropole.
    • Pour un chiffre d'affaires de 72 600 euros, il devra donc payer 16 095 euros de cotisations sociales, soit 65,29% du montant maximum des charges.
    • S'il veut rester dans la limite de l'abattement fiscal, il ne devra donc pas dépasser 8 550 euros pour les autres charges d'exploitation.

L'embauche d'un salarié rémunéré au SMIC coûtera à l'entreprise en 2020 :

  • 1 539,42 euros de salaire brut mensuel, sur la base de la durée légale du travail de 35 heures hebdomadaires.
  • À cela, il faut ajouter environ 10% à 12% (en fonction de la convention collective dont dépend l'entreprise) de charges patronales, soit environ 180 euros.
  • Prévoyez également un coût pour le calcul et l’édition du bulletin de salaire entre 10 et 15 euros par mois, soit encore 180 euros.
  • Soit un total annuel de (1 539 + 180 + 180) x 12 = 22 788 euros.

Il va sans dire que pour le professionnel libéral cela représente 2,4 fois le montant des charges d’exploitation possible.

Pour un artisan/commerçant, même si cela dépasse légèrement le montant des charges possibles, c'est sans compter les autres charges d'exploitation (assurance, frais bancaires, frais de déplacement, fournitures et consommables, etc. …) et en considérant qu’il réalise le chiffre d'affaires maximum !

Ainsi, il faut bien comprendre que le régime de l'auto-entrepreneur n'est pas adapté à l'embauche d'un salarié à temps plein. Mais si l’embauche d’un salarié à mi-temps peut être vital pour le développement de l’autre entreprise, le calcul peut s’avérer intéressant.
Dans le cas où vous voulez vraiment garder le salarié à temps plein, il peut s’avérer nécessaire de changer de régime et de basculer au régime réel de l’entreprise individuelle.

Quelles solutions sont possibles quand l'entreprise de l'autoentrepreneur grandit ? 

Il existe des solutions pour avoir une aide avant de franchir le cap de l'embauche et du changement de régime.

Ainsi, il peut être intéressant d'étudier comment prendre un stagiaire, faire appel à un contrat de professionnalisation ou prendre un apprenti quand on est autoentrepreneur. C'est l'opportunité de former un jeune à un métier tout en se faisant aider dans son activité, avant d'envisager de passer au cap au-dessus.

A noter : signer une convention de stage, c'est possible; mais si le stage est d'une durée supérieure à 309 heures, une gratification est due. 

Même s'il est possible pour un auto-entrepreneur d'embaucher, il doit savoir que cela impactera gravement sa rentabilité. En restant au régime de la micro-entreprise, il risque de devoir payer plus de charges et plus d'impôts qu'il ne le pourra. Il devra donc rapidement basculer dans le régime réel ou créer une société.


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